Information 2.0

J’informe, je m’informe, tu communiques, tu t’informes, il informe, nous communiquons tous… En ces temps bénis du Web 2.0, nous avons atteint l’épiphanie de l’information et de la communication !
Oh, vraiment ?
Évidement, si on se base sur les axiomes de l’École de Palo Alto, on ne peut pas ne pas communiquer ! Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, nous communiquons tous à notre insu ; même silencieux, nous usons du mode analogique de communication (gestes et postures). Donc, nous sommes bien tous des communicants (grâce aux webcams), et nos modes de communication seraient plus étendus et l’information circulerait plus efficacement avec le concours des nouvelles technologies.
Voire !
Si l’on se réfère à la théorie de l’information de Shannon, c’est tout à fait exact. Dans cette optique, l’information est considérée comme un contenu dont le codage suit une distribution statistique, et que l’on peut quantifier de manière probabiliste. L’important ici est bien la seule transmission de l’information : les moyens techniques mis en œuvre pour transmettre une donnée rapidement et de façon sécurisée. Dans ce cadre, l’émetteur transmet un message au récepteur en usant d’un code commun, au travers d’un canal matériel ou énergétique. L’information devient un objet mathématique indifférent à la nature de son contenant physique, et dont le contenu sémantique est ignoré. Ici, l’information est donc quantifiée selon une notion probabiliste ; l’information est aléatoire et son incertitude est sa mesure même. Dénouer cette incertitude devient l’enjeu. Oui ou non, blanc ou noir, 1 ou 0. Voilà l’information qui montre le bout de son… bit ! Le message est alors mesuré, évalué, à l’aune de la quantité de bits transmis ; plus il comporte d’événements informatifs (nombre d’éventualités), plus il contient de bits. On en déduit rapidement (trop rapidement !) que la quantité d’informations est strictement corrélée avec le volume transmis. Mathématiquement correct, mais sémantiquement erroné… En effet, écrire le mot « mammifère » nécessite un nombre plus élevé de bits qu’écrire le mot « chat ». Toutefois, la phrase « Minet est un mammifère » contient moins d’informations que « Minet est un chat ». La théorie mathématique de l’information ne tient aucun compte du couple message/contexte. C’est pourtant ce dernier qui porte ici réellement l’information ! Le message seul ne dit pas tout, loin s’en faut.
Autre analogie : lorsque, le soir, j’actionne l’interrupteur de l’éclairage électrique, mon voisin qui voit la maison sombrer dans l’obscurité en déduira que je vais me coucher (information contextuelle).
Si un petit troll* immature (pléonasme?) actionne frénétiquement ce même interrupteur pour le plaisir du geste (ah ! le Chien de Coutances…), et transforme la maison en feu clignotant géant, le voisin ne pourra pas en déduire que je me couche et me relève dix fois de suite… Il pourra spéculer sur plusieurs hypothèses (10 coucher/lever successifs, ou problème électrique, ou encore soirée disco avec jeux de lumières, ou enfin petit troll à l’œuvre) ; il n’en retirera aucune information sémantique probante à ce stade et devra se résoudre à traiter ces données sur une base probabiliste (retour à théorie de Shannon).
Une autre notion de la théorie de Shannon est le concept de redondance. Afin de résoudre le problème de la dégradation par le « bruit » de l’information transmise (le bruit étant toute perturbation physique aléatoire qui brouille le signal), l’adjonction de données superflues (inutiles en elles-mêmes à la transmission de l’information) peut prévenir les ambiguïtés et les erreurs de réception.
De tout ce qui précède, nous pouvons induire par boutade que le Web 2.0 est très efficient au regard de la théorie de Shannon… Les protocoles techniques standardisés assurent des échanges compréhensibles, le volume d’informations domine le contenu sémantique et la redondance y est la norme !
MDR, dirait un kikoulol**.Vous conviendrez avec moi que, justement, grâce aux kikoulol et autres trolls (le bestiaire n’est pas exhaustif), qui abusent de leurs sabirs communautaristes, la communication sur le Net ne respecte pas toujours le protocole (social et lexical) et la compréhension y est parfois très problématique… Quant au volume insensé de données sans grande signification, nous nous y noyons chaque jour… Et la redondance afflige le Web d’un bégaiement ininterrompu. Mais une chose est sûre : les « informations people » circulent très bien de la sorte, en 10 millions (milliards ?) d’exemplaires ! C’est moins probant pour la Déclaration universelle des droits de l’Homme…
Moralité ?
Il ne suffit pas de disposer d’un outil technologique efficace reposant sur une théorie mathématique qui a fait ses preuves pour mener une action cohérente. Une approche techniciste de l’information est forcément limitative ; il faut se garder de confondre le médium avec le message. En soi, le Réseau n’est qu’une connexion physique munie de commutateurs actionnés par des séquences logiques. Il n’exprime rien en lui-même ; pour lui, transmettre « bonjour » ou « mvupqyk » est neutre.
Ce que nous faisons de cet outil, c’est une autre histoire…

À bientôt, ici même ou AFK***

* troll : qu’attendez-vous pour chercher la signification sur Wikipédia (article sur l’argot d’Internet) ?
** voir mon premier article intitulé « At last ! »
*** idem