Com 0 pointé

En guise de complément à mon précédent article, quelques réflexions…
Nous vivons à l’ère de la communication, de la « Com » (c’est plus « hype »). C’est ce qu’on nous dit et répète dans les médias ; c’est ce qui obsède les politiques ; c’est aussi ce qui hante les entreprises ayant pignon sur rue. On nous affirme que tout est communication dans notre société. Les médias, déjà cités, sont omniprésents et multiformes, plus intrusifs dans nos vies qu’ils ne l’ont jamais été. Les hommes d’état sont attentifs, comme jamais auparavant, à la manière dont leur message politique est diffusé et perçu. Les entreprises industrielles et de services soignent leur image et ce qu’elles véhiculent comme valeurs dans l’esprit des consommateurs – dans la publicité, comme par le passé bien entendu, mais aussi en s’associant à des enjeux, événements et faits de société.
Toutefois, à force d’entendre ces discours répétés, répétitifs et convenus sur la « société de l’information » ou la « société de la communication », on finit par ne plus trop s’interroger sur le sens de toute cela. Que se cache-t-il vraiment derrière ces expressions convenues ?
La communication se résume-t-elle donc à la seule transmission d’informations en masse ? Car c’est bien cela que l’on nous dit : nous vivons à l’ère miraculeuse de la communication totale parce que nous avons accès (dans le Tiers monde aussi ?) plus ou moins librement (moyennant finances…) à un flot ininterrompu (sauf par les services de sécurité des pays plus ou moins autoritaires…) d’informations. Est-ce parce que nous sommes quasi en permanence « connectés » (via nos PC, tablettes, smartphones, télé interactive…) que nous pouvons affirmer que nous communiquons ? Recevoir et envoyer un flux constant de données disparates, est-ce cela communiquer ? L’accès global à l’information est-il par nature bénéfique et sans équivoque ?
Peut-être devrions-nous revenir à la définition du terme…
Déjà, nous pourrions constater qu’on a attribué plusieurs définitions à ce verbe et à son substantif !
Partons donc d’une définition toute simple (?) du verbe communiquer :
« du latin communicare, rendre commun à, faire part de, transmettre, donner communication de quelque chose, faire connaître, se mettre en relation avec, être en rapport au moyen de… »
Voilà, voilà !
La communication peut donc être entendue comme l’action de communiquer (comme l’eût expliqué, en d’autres temps, Monsieur de la Palice). Il s’agit donc d’établir une relation avec autrui et de transmettre quelque chose à quelqu’un. Mais la communication désigne aussi l’ensemble des moyens et techniques mis en œuvre pour assurer la transmission d’un message vers une audience. La communication concerne aussi bien l’être humain, les animaux, les plantes que les machines, via un lien intra-espèce ou inter-espèces, via un lien inter-personnel ou de groupe.
« Nulle part ni pour personne n’existe LA communication. Ce terme recouvre trop de pratiques, nécessairement disparates, indéfiniment ouvertes et non dénombrables » (Daniel Bougnoux, Introduction aux sciences de la communication, 2001).
Alors, pour en revenir aux médias modernes, et au Web en particulier, il est certain qu’ils contribuent à la communication inter-personnelle et de groupe, et même « inter-espèces » ou hybride, puisque le couple homme-machine y est central. Des individus, des groupes et des machines sont mis en relation et quelque chose est transmis… Sommes-nous pour autant dans la communication parfaite et positive ? Bon, quoi que nous fassions, nous communiquons toujours (même « à l’insu de notre plein gré »), d’une manière ou d’une autre. Le premier axiome de l’École de Palo Alto (voir aussi mon article « Information 2.0 ») nous le dit : « on ne peut pas ne pas communiquer. » Mais ne confondons-nous pas information et communication ? En des temps où l’accès à l’information était restreint, on a cru que l’information créait la communication. Nos démocraties sont fondées sur la liberté d’information. La liberté de conscience et la citoyenneté sont censées s’épanouir à travers le libre accès à toutes les informations disponibles, en favorisant une communication sans entraves. En ce sens, la Toile est un élément essentiel. Pourtant, la croissance ahurissante de la masse d’informations disponible ne semble pas induire mécaniquement une croissance de la démocratie et de la liberté individuelle dans le monde… Pas plus qu’une amélioration des relations inter-personnelles. Déjà, la plus grande part de ces informations sont autant de bouteilles à la mer sans grand espoir de réponse (comme cet article et le reste du site, au fond). Ensuite, dans un message, l’information « pure » n’est qu’une partie de la communication. On en revient aux axiomes de Palo Alto : « toute communication comporte deux aspects, le contenu et la relation (méta-communication, contexte) ; il existe deux types d’interaction, symétrique (niveaux culturels identiques) et complémentaire (niveaux culturels hétérogènes). » Cette hétérogénéité engendre des malentendus entre émetteur et récepteur. Or, ces malentendus favorisent la manipulation, alors que justement toute forme de communication comporte en elle une part de manipulation plus ou moins volontaire (notre intention est souvent d’influencer notre interlocuteur d’une manière ou d’une autre). On retrouve là l’intérêt du politique et de l’industriel pour la communication…
Bref, en lui-même, le fait d’envoyer et recevoir des masses considérables de données ne nous met pas systématiquement en relation avec autrui. D’autre part, la communication quand elle a lieu (relation trop souvent hétérogène et incomplète) ne mène pas automatiquement à une parfaite compréhension mutuelle sans arrières-pensées.

Moralité… il n’y en a pas ! Le but ici n’est pas d’asséner des vérités absolues, mais bien de poser quelques questions et de réfléchir un peu, au-delà des apparences. Ce qui nous paraît univoque et simple d’un premier abord, y compris les mots et concepts que nous manipulons quotidiennement, dissimule souvent une complexité inattendue. Ce qui est vrai pour le mot communication l’est pour d’autres ; essayez de définir précisément le temps, pour voir…

À bientôt, ici même ou AFK.